Les matériaux biosourcés, une filière pleine de promesses

source: batiactu/newsletter
Grégoire Noble (10/04/2014)

Les matériaux biosourcés, une filière pleine de promesses
Issus de la biomasse mais également d’éco-matériaux comme la terre crue ou la pierre, les matériaux de construction biosourcés souffrent d’une image encore floue. Pourtant ils connaissent un véritable engouement et sortent aujourd’hui du domaine expérimental pour entrer dans celui de la grande échelle. Plusieurs spécialistes réunis dans le cadre d’Innovative Building Expo donnent leur point de vue.

Les exemples de réalisations faisant appel à des matériaux biosourcés, ou plus largement d’origine naturelle, se multiplient. Ne se cantonnant plus aux auto-constructions d’écologistes engagés, ces matériaux font leur entrée dans la construction grand public. Les architectures bois et les isolants en fibres végétales ne constituent qu’une partie d’un vaste ensemble de produits durables. Alors que ces solutions vertes ne représentaient que 5 % du marché de la construction de maisons individuelles en 2010, cette proportion a doublé depuis, sans compter le nombre croissant de bâtiments publics qui y font appel : groupes scolaires, coopératives, logements sociaux, locaux d’activités, tertiaire…

Valoriser des ressources renouvelables locales
« La construction biosourcée est sortie du domaine expérimental pour rentrer dans la vie de tous les jours », explique Olivier Gaujard, directeur du bureau d’études techniques GaujardTechnologie Scop. « C’est une filière dynamique, qui a un aspect de filière à circuit court, valorisant des ressources locales, et de recyclage amenant à une économie circulaire », détaille Bernard Boyeux, directeur général de Constructions & Bioressources (C&B). En France, les choses seraient en train d’évoluer rapidement, en raison d’une grande variété de matières premières disponibles en région, et d’un riche savoir-faire régional dans leur mise en œuvre. « Le bâtiment a un impact lourd sur l’environnement. Aujourd’hui, 50 % des matières extraites en Europe vont au secteur de la construction. Et le béton est la deuxième matière la plus consommée dans le monde, après l’eau. Cette industrie représente entre 5 et 10 % de toutes les émissions de CO2 planétaires. Les matériaux durables sont donc un enjeu à la fois pour le logement mais également pour la pollution », poursuit-il. Les matériaux biosourcés, issus de la biomasse, présentent donc un caractère renouvelable avec les saisons et une disponibilité quasi-générale. « De plus, ils stockent du CO2 pendant toute leur durée de vie et sont généralement peu gourmands en énergie grise pour leur transformation », fait valoir Bernard Boyeux.

L’isolation, un marché privilégié

Le spécialiste distingue deux types de matériaux, les « traditionnels », comme le bois de structure ou en panneaux, le papier et le textile, et les « néo-matériaux », comme les composites, les fibres et les mortiers ou béton à composant naturel. Les biosourcés peuvent également être classés par famille de produits, tels que les isolants. « Ils sont aujourd’hui performants et à des prix très concurrentiels. La maturité technologique est atteinte et les produits qu’ils soient présentés sous forme de rouleaux, de panneaux ou en vrac, sont certifiés et sous avis technique », expose le dirigeant de C&B, qui estime que ces matériaux ne présenteraient aucun risque ou difficulté particuliers. Environ 100.000 tonnes de matériaux biosourcés seraient utilisés chaque année dans le bâtiment, principalement dans le secteur du bois (structure et connexes) et dans le domaine des isolants, où ils représentaient 8 % du marché national en 2012.

« Les mortiers et bétons avec granulat végétal et liant minéral relèvent, pour leur part, de nouvelles technologies. Mais la maturité va venir car ils présentent des avantages en rénovation. Le cadre normatif n’est pas encore tout à fait prêt », admet Bernard Boyeux. Mais ce type de produits, dont le béton de chanvre, font l’objet d’études approfondies démontrant leurs bonnes performances en termes de transferts hygrothermiques. « La présence de matière d’origine végétale impacte fortement les échanges d’humidité et apporte un surplus de performance », soutient Laurent Arnaud, ingénieur des Ponts et directeur du centre Arts & Métiers Paris Tech Cluny. Le matériau stockerait davantage d’eau qu’un béton classique, et le changement de phase permettrait de mieux réguler les variations de températures à l’intérieur de la construction.

Une opportunité économique et sociale

« La construction en bottes de paille a, elle aussi, connu un développement extraordinaire », surenchérit Bernard Boyeux. Utilisée comme isolant dans des structures bois, la paille présenterait elle aussi d’indéniables qualités : « Elle est renouvelable annuellement, contrairement au bois où les échelles de temps sont plus longues. C’est une matière abondante en France et peu chère », explique Olivier Gaujard. D’autant qu’un système composé de bois et de paille ne représente pas de facteur aggravant au point de vue de la sécurité incendie, comme l’ont démontré des essais grandeur nature réalisés au CSTB.

Les matériaux biosourcés représenteraient donc une réelle opportunité, à la fois pour le bâtiment mais également pour l’agriculture et pour le développement des territoires. « En 2010, le Commissariat général au Développement durable demandait que le taux d’incorporation de ces matériaux soit de 10 % à l’horizon de 2020. Ce chiffre sera certainement dépassé », se félicite Bernard Boyeux qui rappelle que, sur les six dernières années, neuf usines et 3.000 emplois ont été créés en France grâce à ces nouveaux produits de construction.